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N°5 – Je vous appelle

Chers tous,

 

Ces deux mots ne me quittent plus. Tous, oui tous, vous ne m’avez jamais été si chers que maintenant. Pour la première fois je vois la beauté de ce mot, je le laisse toucher mon cœur, le réchauffer.

 

J’étais loin de vous aimer tous. Je vous aimais de moins en moins. Je trouvais que vous étiez trop nombreux, alors que j’étais tout seul. Vous étiez partout encombrant l’espace par le nombre. Il y en avait toujours un là où il ne fallait pas, dans l’ascenseur, dans le bus, au café, au travail…

 

Toujours innombrables, allant là où j’allais, désirant ce que je voulais et moi, toujours seul. Plus je voulais être seul moins c’était possible, ma forteresse était assaillie de partout, tout le temps.

 

Je me trouvais au centre de mes préoccupations, unique souci de toute ma vie. Un seul objectif, mieux être seul. J’étais devenu autonome, responsable, compétent, organisé, pragmatique, je pouvais décemment espérer qu’on me laisse tranquille, qu’on reconnaisse l’axe autour duquel le monde devait tourner.

 

Plus je devenais moi-même plus la société, les autres, devenaient superflus. Il n’y avait plus rien à partager; tous devaient consacrer leurs vies à servir la mienne.

 

Avant même que le virus ne nous sépare, je m’étais séparé de vous. Je pouvais vivre sans vous. J’avais une vague idée de vos préoccupations, une idée devenue fiction, devenue image sur les écrans et c’était suffisant.

 

Mais depuis que vous n’êtes plus, depuis que vous êtes devenus des ombres rasant les murs, depuis que l’ascenseur, le bus, le bureau se sont vidés, depuis que les gestes barrières nous éloignent, depuis que les masques altèrent vos voix et effacent vos visages, vous me manquez.

 

Je vous cherche sur mes écrans mais je ne trouve personne. J’ouvre ma fenêtre et je vous appelle mais l’écho de ma voix est la seule réponse.

 

Où êtes-vous ?

 

Je n’arrive plus à m’aimer. Je n’arrive plus à m’aimer tout seul, sans vous. Vous tous, revenez s’il vous plaît dans ma vie. Collez-vous contre moi dans l’ascenseur, envahissez-moi avec vos parfums dans le métro, soyez désagréables, arrogants, futiles…

 

Je vous appelle.

 

Chers tous, je ne suis pas grand-chose, mais je sais que je ne peux pas vivre sans vous.

 

Nikos Precas